france réforme.Les 72 propositions
Europe, fiscalité et commerce international

Europe : reprendre notre destin économique en main

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La construction européenne et la réconciliation franco-allemande sont des acquis politiques majeurs. Elles ne doivent cependant pas conduire la France à confondre partenariat politique et communauté permanente d’intérêts économiques. L’Allemagne est un partenaire essentiel de la France, mais elle demeure aussi un concurrent : elle défend ses entreprises, ses exportations, son industrie, ses emplois et son agriculture. La France doit faire de même.

LA FRANCE N’A PAS VOCATION À CHOISIR ENTRE ÊTRE UNE PUISSANCE AGRICOLE ET UNE PUISSANCE INDUSTRIELLE. ELLE DOIT REDEVENIR LES DEUX.

Le constat

La construction européenne et la réconciliation franco-allemande sont des acquis politiques majeurs. Elles ne doivent cependant pas conduire la France à confondre partenariat politique et communauté permanente d’intérêts économiques. L’Allemagne est un partenaire essentiel de la France, mais elle demeure aussi un concurrent : elle défend ses entreprises, ses exportations, son industrie, ses emplois et son agriculture. La France doit faire de même.

LE PROBLÈME N’EST PAS QUE L’ALLEMAGNE DÉFENDE L’ALLEMAGNE. LE PROBLÈME EST QUE LA FRANCE N’AIT PAS TOUJOURS DÉFENDU LA FRANCE AVEC LA MÊME CONSTANCE.

Il n’existe pas de pacte juridique franco-allemand ayant attribué l’industrie à l’Allemagne et l’agriculture à la France. En revanche, le résultat économique observé doit être regardé sans naïveté : la France a fortement désindustrialisé, tandis que l’Allemagne a conservé une base manufacturière beaucoup plus importante. Aujourd’hui, notre avantage agricole historique se fragilise à son tour.

1. Regarder les chiffres : le déséquilibre industriel

Au premier trimestre 2025, la valeur ajoutée manufacturière représentait environ 10,8 % de l’économie française contre 19,8 % en Allemagne. Les méthodes statistiques ne sont pas parfaitement identiques, mais l’écart reste considérable. Au deuxième trimestre 2025, la production manufacturière allemande demeurait environ 12,4 points sous son niveau de 2019, contre 4,3 points en France : l’Allemagne connaît donc elle aussi une crise industrielle, mais elle part d’une base productive nettement plus forte.

Dans les échanges bilatéraux de biens, la France enregistrait encore en 2024 un déficit commercial de 8,7 milliards d’euros avec l’Allemagne. Les déséquilibres étaient particulièrement marqués dans les machines, avec environ 5,7 milliards d’euros de déficit français, et dans les matériels de transport, avec environ 5,1 milliards d’euros de déficit. À l’inverse, les produits agricoles, sylvicoles, de la pêche et de l’aquaculture apportaient encore un excédent français d’environ 1,6 milliard d’euros.

PARTENAIRES POLITIQUES → OUI. CONCURRENTS ÉCONOMIQUES → AUSSI.

2. Notre avantage agricole historique est en train de disparaître

En 2025, le solde commercial agricole et agroalimentaire français n’était plus excédentaire que de 181 millions d’euros, son niveau le plus faible depuis la fin des années 1970. Il s’est dégradé de 4,8 milliards d’euros en une seule année. Les produits agricoles bruts affichaient un déficit de 373 millions d’euros et l’excédent des produits transformés n’était plus que de 554 millions d’euros, après une baisse de 4 milliards d’euros. Les importations de produits transformés ont augmenté de 8 %, notamment sous l’effet de produits alimentaires, de viandes bovines et de volailles, ainsi que de beurre et de fromages.

La France ne peut donc plus considérer que sa puissance agricole compensera automatiquement son affaiblissement industriel. Un pays qui perd son industrie puis laisse disparaître son excédent agricole perd progressivement deux capacités stratégiques à la fois.

LA FRANCE NE DOIT PAS ÉCHANGER SA PUISSANCE INDUSTRIELLE CONTRE SA PUISSANCE AGRICOLE, NI PERDRE LES DEUX.

3. Pendant ce temps, l’agriculture allemande se concentre

L’Allemagne ne renonce pas à son agriculture. En 2024, environ 5 150 exploitations agricoles allemandes intégrées à des groupes d’entreprises représentaient seulement 2 % des 255 010 exploitations du pays, mais exploitaient 2,22 millions d’hectares, soit 13 % de la surface agricole utilisée. Elles détenaient également 8 % des bovins et 14 % des porcs. Le nombre d’exploitations appartenant à ces groupes a augmenté de 38 % depuis 2020. Par ailleurs, 73 % des groupes concernés étaient contrôlés par une tête de groupe dont l’activité principale n’était pas agricole.

La structure agricole allemande comporte également de très grandes entités : en 2023, les exploitations constituées en personnes morales exploitaient en moyenne environ 460 hectares, et les coopératives enregistrées environ 1 031 hectares. Ces chiffres ne signifient pas que toute l’agriculture allemande devient une agriculture de « méga-fermes » : l’exploitation moyenne allemande reste d’environ 65 hectares. Ils montrent cependant qu’une partie significative des terres est organisée dans des structures fortement capitalisées et concentrées.

LA FRANCE S’EST TROMPÉE LORSQU’ELLE A CRU QUE LE PARTENARIAT FRANCO-ALLEMAND SUPPRIMAIT LA CONCURRENCE ÉCONOMIQUE ENTRE LES DEUX PAYS.

4. Ne plus confondre coopération européenne et abandon de souveraineté productive

La France doit cesser d’organiser son économie en fonction de l’idée qu’une capacité abandonnée pourra toujours être fournie par un partenaire européen. Une dépendance reste une dépendance, même lorsque le fournisseur se trouve dans l’Union européenne. La coopération est utile lorsqu’elle additionne les forces ; elle devient dangereuse lorsqu’elle conduit un État à abandonner une capacité stratégique qu’il serait capable de conserver ou de reconstruire.

COOPÉRER AVEC L’ALLEMAGNE : OUI. CONFONDRE LES INTÉRÊTS ALLEMANDS ET FRANÇAIS : NON. DÉPENDRE DE L’ALLEMAGNE : NON. DÉFENDRE NOS INTÉRÊTS LORSQU’ILS DIVERGENT : OUI.

5. Faire de la France une puissance complète

L’objectif français ne doit plus être la spécialisation subie. La France possède le territoire, les infrastructures, les compétences, l’énergie, l’agriculture, les ingénieurs, les chercheurs, les entreprises et le marché nécessaires pour redevenir une puissance productive complète.

FRANCE = AGRICULTURE + INDUSTRIE + ÉNERGIE + TECHNOLOGIE + SANTÉ + DÉFENSE + RECHERCHE + RESSOURCES STRATÉGIQUES.

Cela implique une stratégie simultanée de réindustrialisation, de souveraineté alimentaire, de production énergétique compétitive, de maîtrise des technologies critiques, de sécurisation des médicaments et composants essentiels, de transformation en France de davantage de matières premières et de soutien aux capacités de défense.

6. Mettre fin aux surtranspositions françaises qui handicapent nos producteurs

Lorsqu’une règle européenne fixe une exigence commune, la France ne doit plus ajouter automatiquement une contrainte nationale supplémentaire. Toute surtransposition doit être explicitement identifiée, justifiée et accompagnée d’une étude de son coût économique. Les citoyens et les entreprises doivent pouvoir distinguer ce qui vient réellement de l’Union européenne de ce que la France a elle-même ajouté.

EXIGENCE EUROPÉENNE → APPLICATION FRANÇAISE. EXIGENCE FRANÇAISE SUPPLÉMENTAIRE → JUSTIFICATION + COÛT + IMPACT SUR LA COMPÉTITIVITÉ.

7. Changer la doctrine française sur les accords commerciaux européens

La France ne doit plus juger un accord commercial uniquement sur son gain global annoncé pour l’Union européenne. Avant toute approbation, elle doit exiger un bilan national et sectoriel : exportations françaises attendues, importations supplémentaires, production, emplois, prix, investissements, balance commerciale, souveraineté productive et secteurs exposés.

QUE GAGNE LA FRANCE ? QUE PERD LA FRANCE ? QUI GAGNE ? QUI PERD ? QUELLE FILIÈRE EUROPÉENNE BÉNÉFICIE DE LA CONCESSION ? QUELLE FILIÈRE EN SUPPORTE LE COÛT ?

La même méthode doit s’appliquer au Mercosur, à l’Australie, à la Corée du Sud, au Vietnam, au Canada, à la Nouvelle-Zélande et à tout futur accord. Un déficit bilatéral ne prouve pas, à lui seul, qu’un accord est responsable de la perte : il faut comparer la situation avant et après, corriger les effets de conjoncture et mesurer les résultats filière par filière. Cette rigueur rendra précisément le diagnostic français plus crédible.

8. Ne plus utiliser l’agriculture comme monnaie d’échange

Les États européens n’ont pas la même structure économique. Une ouverture commerciale favorable aux machines, automobiles, équipements ou produits chimiques peut bénéficier davantage aux économies très industrialisées, tandis que des concessions sur le bœuf, la volaille, le sucre ou d’autres productions agricoles peuvent exposer davantage certains territoires français. Le compromis européen ne doit pas consister à sacrifier une capacité stratégique d’un pays pour ouvrir des débouchés à une autre filière dans un autre pays.

L’EUROPE NE PEUT PAS DÉVELOPPER SON INDUSTRIE EN UTILISANT SON AGRICULTURE COMME MONNAIE D’ÉCHANGE.

La règle doit être réciproque : la France ne doit pas demander à l’industrie allemande de se sacrifier pour l’agriculture française ; l’Allemagne ne doit pas attendre de l’agriculture française qu’elle supporte le coût d’avantages commerciaux principalement industriels. L’Europe doit chercher à protéger et développer les deux.

9. Imposer la réciprocité aux importations

Les producteurs français ne peuvent être durablement soumis à des exigences sanitaires, environnementales, sociales ou de traçabilité élevées tout en affrontant des produits importés bénéficiant de règles sensiblement moins exigeantes lorsque ces différences créent une concurrence déloyale. Il ne s’agit pas d’imposer mot pour mot la législation française au monde entier, mais d’exiger une équivalence essentielle sur les conditions qui déterminent la santé, la sécurité, l’environnement et la loyauté de la concurrence.

CE QUE NOUS INTERDISONS À NOS PRODUCTEURS NE DOIT PAS DEVENIR UN AVANTAGE COMMERCIAL POUR CEUX QUI EXPORTENT CHEZ NOUS.

10. Créer des clauses de sauvegarde réellement utilisables

Chaque accord touchant une filière stratégique doit comporter un dispositif de surveillance rapide des volumes, des prix, des parts de marché et des effets sur la production française. Lorsque des seuils prédéfinis sont franchis, la France doit pouvoir demander immédiatement l’activation des mécanismes européens de sauvegarde et un réexamen des concessions concernées.

OUVERTURE → SURVEILLANCE → ALERTE → SAUVEGARDE → RÉEXAMEN.

11. Évaluer chaque accord cinq ans après son entrée en vigueur

Tous les cinq ans, un rapport public doit comparer les promesses de l’accord aux résultats constatés pour la France : exportations, importations, solde commercial, production, emplois, investissements, prix agricoles et industriels, dépendances stratégiques et évolution des parts de marché. En cas d’écart durable et majeur, la France doit demander une correction, une sauvegarde ou une renégociation dans le cadre juridique applicable.

UN ACCORD COMMERCIAL N’EST PAS BON PARCE QU’IL AUGMENTE LE COMMERCE. IL EST BON S’IL AUGMENTE DURABLEMENT NOTRE PRODUCTION, NOS EXPORTATIONS, NOS EMPLOIS ET NOTRE INDÉPENDANCE SANS SACRIFIER UNE CAPACITÉ STRATÉGIQUE.

12. Une politique industrielle européenne qui renforce les États au lieu de les spécialiser

L’Union européenne doit permettre davantage d’investissements stratégiques dans le nucléaire, les réseaux et le stockage d’énergie, les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, le cloud et les données, la cybersécurité, la défense, l’espace, les médicaments, les biotechnologies, les batteries, les minerais critiques, leur raffinage et leur transformation, ainsi que l’agriculture et l’agroalimentaire. Les dispositifs européens récents ont déjà assoupli certaines possibilités d’aides : la France doit les utiliser pleinement et continuer à faire évoluer les règles lorsque la souveraineté productive l’exige.

Lorsque l’activité financée peut créer une valeur économique, l’intervention publique doit autant que possible prendre la forme d’un investissement, d’une avance, d’un prêt, d’une garantie ou d’une participation plutôt que d’une subvention définitivement perdue, conformément au principe général de l’État investisseur.

CE QUI EST STRATÉGIQUE POUR L’INDÉPENDANCE DE LA FRANCE ET DE L’EUROPE NE PEUT PAS ÊTRE TRAITÉ EXACTEMENT COMME UNE ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE ORDINAIRE.

13. Publier un tableau de bord de souveraineté productive française

Chaque année, la France doit publier, pour les grandes filières, une photographie simple : production nationale, consommation nationale, importations, exportations, solde commercial, dépendance aux trois principaux fournisseurs étrangers, capacités industrielles, investissements, emplois, fermetures et ouvertures de sites. L’objectif est de voir les dépendances avant qu’elles ne deviennent irréversibles.

PRODUIRE → TRANSFORMER → INNOVER → SE NOURRIR → SE SOIGNER → S’ÉQUIPER → SE DÉFENDRE → EXPORTER.

Objectif

La proposition ne vise ni l’hostilité envers l’Allemagne ni le repli national. Elle part d’un principe de responsabilité : chaque État défend légitimement ses intérêts et la France doit retrouver la capacité de défendre les siens. L’Europe doit être un multiplicateur de puissance pour ses membres, non un mécanisme conduisant l’un d’eux à abandonner des capacités stratégiques en supposant qu’un autre les conservera pour lui.

L’EUROPE DOIT RENFORCER LA PUISSANCE FRANÇAISE, PAS S’Y SUBSTITUER.

Principe

LA FRANCE DOIT COMMERCER AVEC LE MONDE, COOPÉRER AVEC L’EUROPE ET TRAVAILLER AVEC L’ALLEMAGNE, MAIS ELLE DOIT REPRENDRE LA MAÎTRISE DE SON DESTIN PRODUCTIF ET REDEVENIR UNE PUISSANCE AGRICOLE ET INDUSTRIELLE COMPLÈTE.

Chiffres de référence à suivre

Industrie manufacturière : 10,8 % de la valeur ajoutée en France contre 19,8 % en Allemagne au T1 2025. Commerce France-Allemagne : déficit français de 8,7 Md€ en 2024, dont environ 5,7 Md€ dans les machines et 5,1 Md€ dans les matériels de transport ; excédent d’environ 1,6 Md€ pour les produits agricoles, sylvicoles, pêche et aquaculture. Commerce agricole et agroalimentaire français : excédent global de seulement 181 M€ en 2025, en baisse de 4,8 Md€ sur un an ; produits bruts : -373 M€ ; produits transformés : +554 M€. Agriculture allemande : 255 010 exploitations en 2023 ; en 2024,5 150 exploitations appartenant à des groupes, soit 2 % du total, exploitaient 2,22 millions d’hectares, soit 13 % de la surface agricole, et détenaient 8 % des bovins et 14 % des porcs ; leur nombre a augmenté de 38 % depuis 2020 ; 73 % des groupes concernés avaient une tête de groupe non agricole. Ces chiffres doivent être actualisés chaque année dans le tableau de bord.

X. AGRICULTURE ET SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE

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