Électricité : rendre aux français l’avantage énergétique qu’ils ont financé
Pendant plusieurs générations, la France a investi massivement dans son indépendance électrique : centrales nucléaires, barrages hydroélectriques, réseaux de transport et de distribution, infrastructures de sûreté, ingénierie, recherche et formation.
Le constat : un avantage national qui ne profite pas assez à la France
Pendant plusieurs générations, la France a investi massivement dans son indépendance électrique : centrales nucléaires, barrages hydroélectriques, réseaux de transport et de distribution, infrastructures de sûreté, ingénierie, recherche et formation.
Cet investissement collectif avait un objectif évident : assurer l’indépendance énergétique du pays, garantir son approvisionnement et offrir aux ménages comme aux entreprises une électricité abondante et compétitive. Ce patrimoine constitue aujourd’hui encore l’un des grands avantages économiques de la France.
La France produit régulièrement davantage d’électricité qu’elle n’en consomme. En 2025, elle a produit 547,5 TWh d’électricité pour une consommation brute de 446,1 TWh et a enregistré un solde exportateur commercial record de 92,3 TWh. Cette capacité excédentaire devrait constituer un avantage majeur pour le pouvoir d’achat, l’industrie et la compétitivité françaises.
Pourtant, la construction du prix payé par le consommateur s’est progressivement éloignée d’une logique consistant simplement à faire bénéficier la France du coût de son propre système électrique.
Le problème du marché
Il faut distinguer la réalité physique de la réalité économique. L’électricité produite en France n’est pas physiquement envoyée sur un marché avant d’être « rachetée » par les Français : elle circule instantanément sur un réseau interconnecté. En revanche, la manière de valoriser et de commercialiser cette électricité dépend largement des mécanismes de marché.
Pendant des années, l’ARENH a obligé EDF à mettre à disposition des fournisseurs alternatifs une partie de sa production nucléaire historique à un prix réglementé de 42 €/MWh. Ce dispositif a pris fin le 31 décembre 2025. Depuis 2026, la méthode retenue par la CRE pour la composante d’approvisionnement des tarifs réglementés repose sur une représentation de l’approvisionnement de l’intégralité des volumes sur les marchés de gros, avec un lissage des achats dans le temps.
C’est cette philosophie qu’il faut réexaminer. Pourquoi l’électricité destinée aux Français doit-elle être valorisée en partant du marché de gros lorsque la France dispose elle-même d’un outil de production extrêmement important ? Le marché européen est utile pour échanger de l’électricité ; il ne doit pas empêcher la France de bénéficier de son propre avantage productif.
Le « hold-up énergétique » à dénoncer
Le terme de « hold-up énergétique » ne signifie pas que l’Europe prend physiquement l’électricité française avant de la lui revendre. Le problème est économique : un patrimoine énergétique financé pendant des décennies par la France peut perdre une partie de son avantage national lorsque le prix intérieur devient excessivement dépendant de mécanismes de marché qui ne reflètent pas directement le coût complet du système français.
LES FRANÇAIS FINANCENT L’OUTIL DE PRODUCTION → LA FRANCE PRODUIT UNE ÉLECTRICITÉ COMPÉTITIVE → ELLE DISPOSE D’EXCÉDENTS IMPORTANTS → MAIS LE CONSOMMATEUR FRANÇAIS NE BÉNÉFICIE PAS NÉCESSAIREMENT DIRECTEMENT DE TOUT CET AVANTAGE DANS SON PRIX.
La France ne doit pas sortir du réseau électrique européen. Elle doit en revanche défendre beaucoup plus fermement le droit de sa population et de son économie à bénéficier des investissements énergétiques qu’elle a réalisés.
Ne pas se tromper sur les responsabilités
Toute augmentation de la facture ne vient cependant pas de l’Europe. Le tarif payé par un consommateur comprend plusieurs éléments : approvisionnement en énergie, utilisation des réseaux, capacité, commercialisation, certificats d’économies d’énergie, rémunération de la fourniture et fiscalité. Il serait donc faux d’attribuer l’intégralité du prix de l’électricité au marché européen.
La réforme doit permettre de savoir exactement ce que finance chaque euro payé par le consommateur : production et approvisionnement, réseau, fourniture, politiques publiques et taxes. Chaque composante doit être identifiable, justifiée et contrôlable.
1 € D’ÉLECTRICITÉ PAYÉ → UNE DESTINATION → UN COÛT IDENTIFIÉ → UNE JUSTIFICATION.
La solution : créer un modèle français de valorisation de l’électricité
1. Calculer le véritable coût de l’électricité française
Avant toute réforme, un coût complet de référence du système électrique français doit être publié. Il doit intégrer la production, l’entretien des installations, la sûreté, le renouvellement des infrastructures, les investissements futurs, les réseaux, les besoins de flexibilité et de stockage, la sécurité d’approvisionnement, les coûts de fourniture réellement nécessaires et une rémunération raisonnable permettant aux producteurs d’investir.
L’objectif n’est pas de vendre artificiellement l’électricité en dessous de son coût. Il est de déterminer combien coûte réellement une électricité française durable, sûre et capable de financer son avenir.
2. Faire bénéficier prioritairement la France de son avantage productif
Une part de la production correspondant aux besoins nationaux pourrait être valorisée sur la base de ce coût français de référence plutôt que sur la seule référence des marchés de gros. La France resterait totalement interconnectée avec ses voisins, continuerait à exporter lorsqu’elle est excédentaire et à importer lorsque cela est nécessaire à la sécurité du système.
PRODUCTION FRANÇAISE → BESOINS FRANÇAIS → PRIX FONDÉ SUR LES COÛTS FRANÇAIS → EXCÉDENTS ÉCHANGÉS EN EUROPE.
Le marché européen redeviendrait principalement un outil d’échange, de sécurité et d’optimisation, sans neutraliser l’avantage économique procuré par le parc de production français.
3. Faire circuler nos excédents
Lorsque la France produit davantage qu’elle ne consomme, elle doit continuer à utiliser les interconnexions européennes. Les excédents peuvent être vendus sur le marché européen. En 2025, les exportations nettes françaises ont atteint 92,3 TWh et ont représenté une valorisation d’environ 5,4 milliards d’euros.
Mais une deuxième possibilité mérite d’être étudiée : transformer une partie de ces excédents en droits énergétiques futurs plutôt que de raisonner uniquement en achat et en vente instantanés.
4. Créer un « compte énergétique européen »
Lorsque la France fournit de l’électricité excédentaire au système européen, tout ou partie de cette contribution pourrait créer un crédit énergétique. Lorsque la France traverse ensuite une période déficitaire, elle pourrait utiliser ce crédit pour obtenir de l’électricité du réseau européen.
FRANCE EXCÉDENTAIRE → ÉLECTRICITÉ FOURNIE À L’EUROPE → CRÉDIT ÉNERGÉTIQUE → BESOIN FUTUR → UTILISATION DU CRÉDIT.
Il ne s’agit pas de prétendre que l’électricité envoyée plusieurs semaines ou plusieurs mois auparavant aurait été physiquement stockée. Le mécanisme serait comptable : les producteurs européens assureraient physiquement l’équilibre du réseau, tandis que les contributions antérieures créeraient des droits de tirage futurs.
Ce système devrait tenir compte de la valeur réelle de l’électricité. Un MWh fourni pendant une période de pénurie n’a pas la même valeur qu’un MWh injecté lorsque la production européenne est déjà abondante. Les crédits seraient donc pondérés selon l’heure, la saison, la disponibilité de production et la tension sur le réseau.
5. Conserver le marché européen pour ce qu’il fait de mieux
Les interconnexions européennes constituent une sécurité précieuse. En cas d’arrêt de centrales, de vague de froid, de faible production renouvelable ou de problème technique, la France doit pouvoir compter sur ses voisins. Réciproquement, lorsque la France dispose d’une production abondante, ses voisins bénéficient de notre électricité.
COOPÉRATION EUROPÉENNE : OUI. INTERCONNEXIONS : OUI. ÉCHANGES : OUI. NEUTRALISATION DE NOTRE AVANTAGE PRODUCTIF : NON.
6. Utiliser l’électricité comme un outil de réindustrialisation
Une électricité compétitive n’est pas seulement un gain sur la facture des ménages. Elle peut devenir un instrument majeur de politique industrielle. Une entreprise qui bénéficie durablement d’une électricité compétitive peut produire en France, investir, embaucher et exporter. Elle génère alors des salaires, des cotisations et des impôts.
ÉLECTRICITÉ COMPÉTITIVE → PRODUCTION FRANÇAISE → COMPÉTITIVITÉ → INVESTISSEMENTS → EMPLOIS → SALAIRES → COTISATIONS → IMPÔTS → EXPORTATIONS.
Pour les ménages, une facture plus faible redonne du pouvoir d’achat et de la capacité d’épargne. L’intérêt collectif ne consiste donc pas nécessairement à maximiser le prix de chaque MWh vendu en France, mais à maximiser la richesse totale que notre avantage énergétique permet de créer dans le pays.
7. Auditer chaque composante de la facture
La réforme doit aller au-delà du seul marché de gros. Il faut examiner ce que finance réellement l’abonnement, les coûts de commercialisation incorporés au tarif, les CEE, les coûts de réseau, les mécanismes de capacité, la rémunération de la fourniture, les taxes et les éventuels doublons.
Chaque coût doit répondre à trois questions : quel service est rendu ? Combien coûte-t-il réellement ? Pourquoi le consommateur le paie-t-il ? Si un coût est nécessaire, il doit être financé. S’il constitue un doublon, il doit disparaître. S’il relève d’une politique publique, il doit être clairement identifiable.
Objectif
La France dispose d’un avantage énergétique exceptionnel construit par plusieurs générations. Cet avantage doit servir simultanément le pouvoir d’achat, l’industrie, l’indépendance énergétique, la réindustrialisation, la compétitivité et la solidarité européenne.
L’Europe doit permettre à ses États de mettre leurs forces en commun. Elle ne doit pas conduire un pays à neutraliser l’un de ses principaux avantages compétitifs.
Principe
NOUS PRODUISONS D’ABORD POUR RÉPONDRE À NOS BESOINS. NOUS PAYONS NOTRE ÉLECTRICITÉ SUR LA BASE D’UN COÛT FRANÇAIS TRANSPARENT ET JUSTIFIÉ. NOUS FAISONS CIRCULER NOS EXCÉDENTS EN EUROPE. NOUS LES VENDONS OU NOUS LES TRANSFORMONS EN DROITS ÉNERGÉTIQUES. ET LORSQUE NOUS AVONS BESOIN DE L’EUROPE, L’EUROPE NOUS AIDE COMME NOUS L’AVONS AIDÉE.
LE MARCHÉ EUROPÉEN DOIT NOUS PERMETTRE D’ÉCHANGER NOTRE ÉLECTRICITÉ, PAS NOUS PRIVER DE L’AVANTAGE ÉCONOMIQUE QUE LES FRANÇAIS ONT FINANCÉ PENDANT DES DÉCENNIES.
IX. EUROPE, FISCALITÉ ET COMMERCE INTERNATIONAL
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