france réforme.Les 72 propositions
Souveraineté, énergie et défense

Ressources stratégiques : connaître, protéger et valoriser le patrimoine français

Proposition 55 sur 72 · Modifiée par l’auteur le 20 septembre 2026 · 2050 mots · Donner mon avis

La France ne doit plus considérer son sous-sol, ses territoires ultramarins et son immense espace maritime uniquement comme un patrimoine géographique. Ils constituent également un enjeu majeur de souveraineté industrielle, énergétique, économique et stratégique.

Le constat

La France ne doit plus considérer son sous-sol, ses territoires ultramarins et son immense espace maritime uniquement comme un patrimoine géographique. Ils constituent également un enjeu majeur de souveraineté industrielle, énergétique, économique et stratégique.

Pendant des décennies, la France a largement dépendu de l’étranger pour son approvisionnement en minerais et métaux indispensables à son industrie.

Pourtant, notre territoire possède déjà des ressources connues et exploitées, tandis que d’autres restent insuffisamment étudiées.

Le nouvel Inventaire des ressources minérales (IRM) lancé par l’État et piloté par le BRGM depuis 2025 le confirme : 55 matières minérales considérées comme stratégiques ou critiques sont désormais recherchées, contre 22 à la fin du précédent inventaire réalisé entre 1970 et 1995.

Cinq grandes zones de métropole et de Guyane sont actuellement étudiées. Les résultats doivent progressivement être publiés jusqu’en 2029.

La Guyane illustre parfaitement ce potentiel : les recherches portent notamment sur l’or, le cuivre, le plomb, le zinc, le lithium, le niobium et le tantale. Les travaux antérieurs avaient également identifié de la bauxite, du kaolin et des sables à minéraux lourds.

Le BRGM considère le potentiel de nouvelles découvertes de métaux critiques en Guyane comme particulièrement important.

L’objectif n’est donc pas d’affirmer que toutes ces ressources peuvent ou doivent être exploitées.

Il faut d’abord savoir précisément ce que possède la France.

Les principales ressources stratégiques françaises

Ressources identifiées ou recherchées, par territoire
TerritoireRessources identifiées ou recherchéesÉléments quantitatifs / situationNiveau de connaissanceIntérêt stratégique
France métropolitaineLithiumPlusieurs projets et gisements identifiés, notamment Beauvoir et les ressources géothermales du fossé rhénanAvancé pour certains projetsBatteries, stockage d’énergie, automobile
France métropolitaineTungstèneNombreux indices et anciens districts miniers français ; potentiel réévalué par l’inventaire nationalMoyenDéfense, aéronautique, outils industriels
France métropolitaineAntimoineRessources et anciennes exploitations connuesMoyenDéfense, électronique, batteries
France métropolitaineCuivre, plomb, zincNombreux indices et anciens gisements ; potentiel en cours de réévaluationMoyenÉlectricité, réseaux, industrie
France métropolitaineGraphite, germanium, gallium et autres métaux critiquesRecherchés dans le nouvel inventaireExploratoire à moyenBatteries, électronique, semi-conducteurs
GuyaneOrRessource connue et déjà exploitéeÉlevéMétal précieux, industrie, patrimoine stratégique
GuyaneCuivre, plomb, zincMinéralisations connues et nouvelles recherchesMoyen / exploratoireIndustrie, électrification
GuyaneLithiumRecherché dans l’inventaire actuelExploratoireBatteries
GuyaneNiobium, tantaleOccurrences déjà identifiées lors des travaux antérieursExploratoireAéronautique, électronique, défense
GuyaneBauxite, kaolin, sables à minéraux lourdsRessources ou indices déjà identifiésVariableAluminium, industrie, matériaux
Nouvelle-CalédonieNickelEnviron 7,1 millions de tonnes de réserves de nickel selon l’USGSTrès élevéBatteries, inox, défense, industrie
Nouvelle-CalédonieCobaltAssocié notamment à l’industrie du nickel ; production existanteÉlevéBatteries, aéronautique
Nouvelle-CalédonieChromeRessource historiquement identifiéeMoyenMétallurgie, alliages
Polynésie française / fonds marinsCobalt, manganèse, nickelEncroûtements polymétalliques identifiésPotentiel, à caractériserBatteries et alliages
Polynésie française / fonds marinsTerres rares, platine, tellurePotentiels identifiés dans certaines formations sous-marinesExploratoireÉlectronique, défense, énergie
Wallis-et-Futuna / fonds marinsCuivre, zinc, or, argentMinéralisations hydrothermales potentiellesExploratoireIndustrie et métaux stratégiques
Outre-mer et espaces maritimes françaisRessources minérales diverses, géothermie et ressources du sous-solPatrimoine encore très imparfaitement inventoriéExploratoireSouveraineté à long terme

Une distinction fondamentale doit apparaître dans toutes les publications publiques :

indice géologique ≠ ressource géologique ≠ réserve économiquement exploitable ≠ recette pour l’État.

La Nouvelle-Calédonie constitue l’un des exemples les plus solides : l’USGS estime ses réserves de nickel à environ 7,1 millions de tonnes. En 2024, elle était encore le 5e producteur mondial, avec environ 3,1 % de la production mondiale de nickel.

1. Terminer un véritable inventaire stratégique français

La logique doit être simple :

EXPLORER → CONNAÎTRE → CHIFFRER → COMPARER → DÉCIDER → EXTRAIRE SI PERTINENT → TRANSFORMER EN FRANCE → RECYCLER → CONSTITUER DES RÉSERVES STRATÉGIQUES.

Pour chaque ressource, l’État doit disposer d’une fiche indiquant :

quantité estimée → niveau de certitude géologique → réserves réellement exploitables → valeur potentielle → coût d’extraction → besoins français → niveau d’importation → dépendance extérieure → usages industriels → impact environnemental → intérêt stratégique.

L’inventaire lancé par le BRGM constitue un excellent début.

Il doit cependant devenir une politique permanente de souveraineté, actualisée régulièrement en fonction des nouvelles technologies d’exploration, des découvertes et de l’évolution des besoins industriels.

2. Créer une véritable comptabilité du patrimoine stratégique français

Chaque année serait publié un :

TABLEAU NATIONAL DES RESSOURCES STRATÉGIQUES

Pour chaque matière seraient indiqués :

ressources géologiques estimées → réserves économiquement exploitables → production française → consommation française → importations → dépendance extérieure → prix international → valeur économique → stocks stratégiques disponibles.

Nous disposerions ainsi d’une véritable comptabilité du patrimoine naturel stratégique français.

Cela empêcherait également d’annoncer arbitrairement que « la France possède 500 milliards » ou « 1 000 milliards d’euros » de minerais simplement en multipliant une quantité géologique supposée par le cours mondial d’un métal.

3. Classer les ressources françaises en trois catégories

Toutes les ressources ne doivent pas être exploitées de la même manière.

A. Ressources exploitables : lorsque la technologie existe, que le projet est économiquement viable et que les conséquences environnementales sont maîtrisables, une exploitation peut être envisagée.

B. Ressources stratégiques à conserver : certaines ressources peuvent être volontairement laissées dans le sous-sol afin de constituer une réserve nationale pour les générations futures.

Ne pas extraire immédiatement une ressource peut également constituer une décision stratégique.

C. Ressources exploratoires : pour les ressources insuffisamment connues, notamment certaines ressources des grands fonds marins, la priorité doit rester :

recherche → cartographie → évaluation scientifique → protection → décision ultérieure.

4. Ne plus vendre simplement la matière première

L’objectif français ne doit plus être :

MINE → MINERAI → EXPORTATION.

Il faut rechercher :

MINE → RAFFINAGE → TRANSFORMATION → INDUSTRIE FRANÇAISE ET EUROPÉENNE → PRODUIT À FORTE VALEUR AJOUTÉE → RECYCLAGE.

Le nickel calédonien constitue un exemple particulièrement parlant.

En 2024, la Nouvelle-Calédonie a exporté environ 4,42 millions de tonnes de minerai humide de nickel vers la Corée du Sud, la Chine et le Japon.

Une ressource naturelle possède une valeur.

Mais le raffinage, les matériaux intermédiaires, les composants industriels et les produits finis peuvent en créer beaucoup plus.

La stratégie française doit donc chercher à conserver davantage de cette valeur ajoutée sur le territoire français et européen.

5. Créer une Société nationale des ressources stratégiques

Pour les ressources considérées comme essentielles à la souveraineté nationale, l’État ne doit pas simplement attribuer une concession puis regarder la matière première partir.

Une Société nationale des ressources stratégiques pourrait être créée.

Elle pourrait prendre des participations dans les projets considérés comme stratégiques, aux côtés d’entreprises privées et, lorsque cela est pertinent, des collectivités territoriales concernées.

L’objectif n’est pas nécessairement de nationaliser toutes les mines.

L’objectif est que la France conserve un pouvoir sur :

les ressources → les volumes produits → la transformation → la destination des minerais → les stocks stratégiques → une partie des bénéfices.

Les dividendes et plus-values provenant de ces participations permettraient également au patrimoine naturel français de générer un patrimoine financier durable.

6. Donner une priorité aux besoins français et européens

Avant l’exportation d’une ressource critique, il faut déterminer si cette matière est nécessaire aux besoins stratégiques français ou européens : défense, nucléaire, aéronautique, batteries, automobile, électronique, semi-conducteurs, réseaux électriques, énergie, numérique ou infrastructures.

L’objectif n’est pas d’interdire les exportations.

Il s’agit d’éviter une situation dans laquelle la France posséderait une matière stratégique, l’exporterait à l’état brut, puis serait obligée de la racheter sous forme de produits transformés.

7. Constituer des stocks stratégiques

Pour certaines matières critiques, la France doit progressivement constituer des stocks physiques de sécurité.

Le principe serait comparable aux réserves stratégiques déjà utilisées pour d’autres ressources essentielles.

Ces stocks permettraient de protéger certaines industries françaises en cas de rupture internationale d’approvisionnement, de conflit, de sanctions commerciales ou de forte tension sur les marchés.

La quantité nécessaire serait déterminée selon la criticité de chaque matière et les besoins des industries françaises.

8. Faire des outre-mer des bénéficiaires de cette stratégie

Les territoires ultramarins ne doivent pas devenir de simples zones d’extraction.

Lorsqu’une ressource est exploitée en Guyane, en Nouvelle-Calédonie ou dans un autre territoire français, une partie significative de la valeur créée doit contribuer au développement du territoire concerné.

Cela signifie :

emplois locaux → formation → infrastructures → recherche → sous-traitance → transformation locale lorsque cela est pertinent → participation des collectivités aux retombées économiques.

Les ressources naturelles doivent permettre de construire une économie durable qui continuera d’exister lorsque les gisements seront épuisés.

9. Transformer une ressource épuisable en patrimoine durable

Une partie des recettes publiques provenant de l’exploitation pourrait être affectée à un fonds stratégique français.

Le principe serait :

RESSOURCE NON RENOUVELABLE → RECETTE → INVESTISSEMENT PRODUCTIF → PATRIMOINE DURABLE.

Ce fonds pourrait financer notamment la recherche, l’industrie, l’énergie, les infrastructures stratégiques et le développement économique des territoires producteurs.

La France ne consommerait ainsi pas simplement son patrimoine naturel : elle en transformerait une partie en patrimoine industriel et financier.

10. Exploiter uniquement lorsque le bilan est positif

Posséder une ressource ne signifie pas qu’il faut obligatoirement l’exploiter.

Chaque projet devrait être évalué selon quatre critères :

intérêt stratégique + intérêt économique + bénéfice territorial + impact environnemental.

L’eau, les sols, les déchets miniers, la biodiversité, les émissions et la remise en état du site doivent être intégrés dès la conception du projet.

Pour les grands fonds marins, le niveau de prudence doit être encore supérieur compte tenu des connaissances scientifiques encore incomplètes.

Un potentiel économique important, mais à chiffrer correctement

Les ressources françaises peuvent produire plusieurs effets économiques différents.

Effets économiques possibles et conséquences pour la France
EffetConséquence pour la France
Production minière françaiseCréation d’activité et d’emplois
Réduction des importationsAmélioration potentielle de la balance commerciale et de la sécurité d’approvisionnement
Raffinage et transformation en FranceCréation supplémentaire de valeur ajoutée
SalairesCotisations sociales et impôt sur le revenu
EntreprisesImpôt sur les sociétés
Consommation induiteRecettes fiscales, notamment TVA
Redevances minièresRecettes publiques directes
Participations publiquesDividendes potentiels
ExportationsRecettes extérieures
Stocks stratégiquesSécurité économique et industrielle
Développement ultramarinEmploi, infrastructures et activité locale
RecyclageRéduction supplémentaire de la dépendance extérieure

Mais ces éléments doivent rester comptabilisés séparément.

Une importation évitée de 1 milliard d’euros n’est pas une recette budgétaire de 1 milliard pour l’État.

De même, un gisement dont les métaux présents dans le sous-sol auraient théoriquement une valeur de 10 milliards d’euros ne représente pas 10 milliards de bénéfices.

Il faut déduire les coûts d’exploration, d’extraction, de transformation, d’énergie, de transport, les investissements, les contraintes environnementales et tenir compte des cours futurs des matières premières.

Et surtout : ne pas inscrire un faux chiffre de recettes dans les 72 propositions

C’est précisément parce que le potentiel français reste imparfaitement connu que l’État a lancé un nouvel inventaire.

Il serait donc incohérent de transformer aujourd’hui l’ensemble du potentiel géologique français en centaines de milliards d’euros de recettes certaines.

Dans le chiffrage global des 72 propositions, cette mesure doit donc distinguer : 1. les recettes publiques directement démontrables ; 2. les importations potentiellement évitées ; 3. la valeur ajoutée industrielle potentielle ; 4. la valeur patrimoniale des ressources ; 5. les effets stratégiques non budgétaires.

Lorsque l’inventaire national sera suffisamment avancé, ces montants pourront progressivement être chiffrés avec beaucoup plus de précision.

L’objectif

La France doit enfin connaître précisément son patrimoine naturel et décider elle-même de la manière dont elle souhaite l’utiliser.

Il ne s’agit ni de vouloir tout extraire, ni de renoncer par principe à toute exploitation.

Il s’agit de mettre en place une stratégie :

CONNAÎTRE → PROTÉGER → EXPLOITER LORSQUE C’EST PERTINENT → TRANSFORMER → RECYCLER → STOCKER → RÉINVESTIR.

Une ressource stratégique française doit d’abord contribuer à la souveraineté française et européenne, à notre industrie, à nos emplois et au développement des territoires qui la possèdent.

La France dispose déjà de ressources importantes. Elle doit maintenant déterminer avec rigueur l’étendue réelle de son potentiel et transformer progressivement cette richesse naturelle en indépendance industrielle, valeur ajoutée, emplois et patrimoine pour les générations futures.

Fiabilité

Forte concernant l’existence de l’inventaire et les ressources déjà documentées ; moyenne concernant certains potentiels géologiques ; faible tant que les ressources exploratoires ne sont pas transformées en réserves économiquement exploitables.

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