france réforme.Les 72 propositions
Éducation, culture, sport et francophonie

Cinéma : faire de l’argent public un investissement et un tremplin

Proposition 30 sur 72 · 1375 mots · Donner mon avis

La France a raison de soutenir son cinéma : la création comporte du risque, certains projets ne trouveraient pas seuls leur financement et toute une filière de réalisateurs, acteurs, scénaristes, techniciens et entreprises dépend de cette capacité à produire. Le principe du soutien public n’est donc pas remis en cause. En revanche, lorsqu’un film a une véritable perspective économique, l’argent public ne doit plus être pensé uniquement comme une subvention définitivement dépensée.

Le constat

La France a raison de soutenir son cinéma : la création comporte du risque, certains projets ne trouveraient pas seuls leur financement et toute une filière de réalisateurs, acteurs, scénaristes, techniciens et entreprises dépend de cette capacité à produire. Le principe du soutien public n’est donc pas remis en cause. En revanche, lorsqu’un film a une véritable perspective économique, l’argent public ne doit plus être pensé uniquement comme une subvention définitivement dépensée.

La proposition : passer de la subvention à l’investissement

Pour les productions susceptibles de générer des recettes commerciales, créer ou renforcer un fonds public d’investissement dans le cinéma. Au lieu de verser principalement une aide sans retour, le fonds apporte une partie du financement et obtient en contrepartie un droit économique limité sur les résultats du film.

L’État ne doit pas chercher la rentabilité maximale. Il peut prendre une part importante du risque tout en ne réclamant qu’une part minoritaire du bénéfice. À titre purement illustratif, un apport public pourrait représenter 60 % d’un financement tout en donnant droit à une fraction nettement inférieure du bénéfice distribuable. Les taux réels doivent être déterminés par étude, selon le risque, le budget et la nature du projet.

L’ARGENT PUBLIC NE DOIT PLUS ÊTRE SEULEMENT UNE DÉPENSE : LORSQUE C’EST POSSIBLE, IL DOIT DEVENIR UN CAPITAL QUI REVIENT ET SE RÉINVESTIT.

Un rendement public volontairement minoré

Le rendement demandé par le fonds public peut être inférieur à celui d’un investisseur privé, car l’État recherche plusieurs résultats à la fois : création culturelle, emplois, production en France, transmission des savoir-faire, émergence de nouveaux talents et rayonnement international. Le retour financier n’est donc qu’une partie du rendement global, mais il doit exister lorsque le film crée effectivement des bénéfices.

Le succès finance la création suivante

Le fonds fonctionne comme un portefeuille. Certains films échoueront : c’est le risque normal de la création et l’investissement pourra être partiellement ou totalement perdu. D’autres rembourseront une partie du capital. Les grands succès pourront générer un retour supérieur. À l’échelle du portefeuille, ces retours doivent réduire le besoin de nouvelles dotations publiques et augmenter progressivement la capacité de financement du cinéma français.

INVESTISSEMENT PUBLIC → FILM → RECETTES → RETOUR AU FONDS → RÉINVESTISSEMENT → NOUVEAUX FILMS

L’argent public doit être un tremplin, pas une rente

L’investissement public doit prioritairement permettre de franchir une étape : premier film, premier rôle important, nouveau réalisateur, scénariste émergent, jeune producteur, nouvelle société de production ou projet original difficile à financer. L’examen d’un dossier doit donc tenir compte du projet, mais aussi de l’historique économique de ses principaux bénéficiaires : aides et investissements publics déjà reçus, succès obtenus et capacité désormais acquise à financer de nouveaux projets.

Réussir une première fois ne doit évidemment pas exclure du système. En revanche, plus un producteur, un artiste ou une société devient économiquement autonome, plus l’intervention publique doit pouvoir diminuer afin que le fonds donne sa chance au suivant.

LA RÉUSSITE D’UN INVESTISSEMENT PUBLIC SE MESURE AUSSI AU MOMENT OÙ SON BÉNÉFICIAIRE PEUT PROGRESSIVEMENT S’EN PASSER.

Renouveler les acteurs du cinéma français

Le financement public doit favoriser la diversité des acteurs du secteur et l’émergence d’une nouvelle génération. Il ne doit pas conduire à concentrer durablement l’argent sur les mêmes producteurs, réalisateurs ou interprètes. Sans imposer les choix artistiques d’un film, les critères d’investissement peuvent valoriser les productions qui donnent une place réelle aux nouveaux talents, aux premiers rôles, aux premiers scénarios, aux jeunes techniciens et à la diversité sociale, territoriale et générationnelle des parcours.

Un indicateur annuel peut mesurer le nombre de premiers films, premiers scénarios, premiers rôles importants et premières responsabilités professionnelles rendus possibles par les investissements publics.

FINANCER LA CRÉATION, C’EST AUSSI DONNER LEUR CHANCE À CEUX QUE LE PUBLIC NE CONNAÎT PAS ENCORE.

Les franchises rentables doivent progressivement s’autofinancer

Lorsqu’un premier film soutenu par le fonds devient très rentable, les recettes, la notoriété et la valeur économique qu’il a créées doivent être prises en compte avant de financer une suite. Le deuxième film doit être financé prioritairement par les ressources générées par le premier ; après plusieurs succès, une franchise installée doit tendre vers l’autonomie financière.

Une nouvelle intervention publique peut rester possible lorsqu’un intérêt culturel, industriel ou stratégique particulier le justifie, mais elle ne doit pas être automatique. L’argent disponible doit prioritairement retrouver sa fonction de tremplin.

L’ARGENT PUBLIC DOIT AIDER À FAIRE NAÎTRE LE SUCCÈS, PAS À SUBVENTIONNER INDÉFINIMENT UN SUCCÈS DÉJÀ INSTALLÉ.

Des rémunérations exceptionnelles davantage liées au succès

Un producteur privé reste libre de rémunérer ses talents comme il le souhaite avec ses ressources privées. En revanche, lorsqu’un projet dépend fortement de l’investissement public, la part des rémunérations exceptionnelles intégrée au budget soutenu doit être encadrée. Une rémunération fixe raisonnable peut être complétée par des bonus, intéressements ou participations lorsque le film rencontre effectivement son public et crée des recettes.

L’ARGENT PUBLIC FINANCE LA CRÉATION. LE SUCCÈS FINANCE LES BONUS.

Un bilan économique film par film

Tout film bénéficiant d’un investissement public significatif doit faire l’objet d’un suivi standardisé. Avant la production : budget total, investissement public, financements privés, crédits fiscaux, principales rémunérations et dépenses réalisées en France. Après l’exploitation : entrées, recettes salles, télévision, plateformes, ventes internationales, autres recettes, résultat économique et sommes reversées au fonds.

Le suivi doit couvrir plusieurs années, car la valeur économique d’un film ne s’arrête pas à sa sortie en salle. L’État n’a pas à décider administrativement si une œuvre est bonne ou mauvaise ; il doit en revanche savoir précisément comment l’argent public a été utilisé et quel résultat économique il a produit.

Préserver la création non commerciale

Tous les films ne peuvent pas être traités comme des investissements financiers. Un premier film fragile, une œuvre patrimoniale, expérimentale ou à forte ambition culturelle peut avoir une valeur importante sans perspective raisonnable de rentabilité. Pour ces projets, de véritables subventions doivent pouvoir subsister. La réforme consiste donc à réserver davantage la subvention aux missions qui la justifient et à privilégier l’investissement lorsqu’un retour économique est possible.

L’ÉCHEC ARTISTIQUE OU COMMERCIAL PEUT FAIRE PARTIE DU RISQUE DE LA CRÉATION. L’ABSENCE DE RESPONSABILITÉ SUR L’ARGENT PUBLIC, NON.

Réinvestir les retours dans une France forte du cinéma

Les retours et bénéfices du fonds ne doivent pas simplement disparaître dans le budget général. Ils doivent prioritairement renforcer l’écosystème cinématographique français : nouveaux films, écoles de cinéma et d’art, bourses et formation aux métiers de l’image, du son, du montage, des décors, des costumes, de l’animation ou des effets spéciaux, ainsi que conservation, restauration et numérisation du patrimoine cinématographique.

Une partie de ces revenus pourrait également contribuer à renforcer un grand lieu de transmission et de valorisation de l’histoire du cinéma en France : collections, archives, costumes, décors, scénarios, photographies, objets et œuvres restaurées. Le cinéma d’aujourd’hui contribuerait ainsi à financer celui de demain tout en préservant celui d’hier.

CRÉER → INVESTIR → RÉUSSIR → RÉINVESTIR → FORMER → TRANSMETTRE → PRÉSERVER

Les indicateurs

Chaque année, le fonds publie au minimum : montants investis ; part des investissements récupérée ; résultat global du portefeuille ; nouveaux projets financés grâce aux retours ; nombre de nouveaux talents accompagnés ; emplois et dépenses de production en France ; recettes internationales ; montants consacrés à la formation et au patrimoine.

Conclusion

Le soutien public au cinéma doit rester un outil de création et de prise de risque, mais il peut devenir plus circulaire et plus responsable. Lorsque la collectivité finance une activité capable de produire des bénéfices, elle doit pouvoir récupérer une part raisonnable de la réussite. Cette part ne sert pas à enrichir l’État : elle sert à préserver son capital, à investir de nouveau et à renforcer durablement la puissance cinématographique française.

L’ARGENT PUBLIC EST UN TREMPLIN : IL PREND UNE PARTIE DU RISQUE, FAIT ÉMERGER LA CRÉATION ET, LORSQUE LE SUCCÈS ARRIVE, FINANCE LE TREMPLIN SUIVANT.

Votre avis sur cette proposition

Vote anonyme, en un clic. Les résultats sont publics.

Cliquez sur une étoile pour donner votre avis.

Aucun vote pour l'instant. Le vôtre sera le premier.

Commentaires

Aucun commentaire publié pour l’instant.

Pour commenter, donnez d’abord votre avis avec les étoiles ci-dessus : vos informations vous seront demandées à ce moment-là.