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Éducation, culture, sport et francophonie

Audiovisuel français : informer, créer et rassembler sans confondre information et opinion

Proposition 31 sur 72 · 1548 mots · Donner mon avis

L’audiovisuel public et les médias privés forment un même écosystème français. Beaucoup de journalistes, d’animateurs, de techniciens, d’artistes et de producteurs aujourd’hui reconnus dans le privé ont été formés ou révélés par le service public. Celui-ci leur a donné une première chance, une expérience et une visibilité qui ont souvent joué un rôle déterminant dans leur parcours. Inversement, des professionnels issus du privé rejoignent régulièrement le public et lui apportent leur expérience, leurs méthodes et leur créativité.

Le constat

L’audiovisuel public et les médias privés forment un même écosystème français. Beaucoup de journalistes, d’animateurs, de techniciens, d’artistes et de producteurs aujourd’hui reconnus dans le privé ont été formés ou révélés par le service public. Celui-ci leur a donné une première chance, une expérience et une visibilité qui ont souvent joué un rôle déterminant dans leur parcours. Inversement, des professionnels issus du privé rejoignent régulièrement le public et lui apportent leur expérience, leurs méthodes et leur créativité.

Cette circulation démontre que le public et le privé ne sont pas deux univers ennemis. Le service public constitue une pépinière de talents ; le privé peut devenir un partenaire, un débouché et une source de compétences. Pourtant, l’organisation actuelle les place trop souvent en concurrence, tandis que certaines chaînes revendiquent le statut de média d’information alors que leur fonctionnement repose principalement sur l’opinion, le commentaire et l’affrontement permanent.

La recherche de l’audience peut pousser à amplifier les faits divers, à transformer chaque débat en conflit et à entretenir un sentiment continu de peur ou de colère. À terme, l’information ne sert plus seulement à comprendre le pays : elle peut devenir un modèle économique fondé sur la division des Français. Des intérêts industriels, financiers, politiques ou étrangers peuvent également peser sur les choix éditoriaux sans être suffisamment visibles pour le public.

La proposition

Refonder l’ensemble de l’audiovisuel français autour de trois principes : la complémentarité entre public et privé, une distinction claire entre information et opinion, et une responsabilité proportionnée à l’influence exercée. Reprendre démocratiquement la maîtrise de notre espace audiovisuel ne signifie pas donner au Gouvernement le pouvoir de choisir les journalistes ou les opinions autorisées. Cela signifie fixer des règles transparentes afin que ni quelques propriétaires, ni les annonceurs, ni une puissance étrangère, ni la seule course à l’audience ne puissent façonner seuls le débat public.

1. Recentrer l’audiovisuel public sur ses missions essentielles

Le service public conservera pour priorités l’information indépendante, l’éducation, la culture, la création française et francophone, la représentation des territoires et de l’outre-mer, l’accessibilité des programmes, la conservation des archives et la formation de nouveaux talents. En contrepartie de son financement collectif, il publiera ses coûts, ses objectifs, ses résultats et ses rémunérations les plus élevées. Son financement devra être stable afin que la menace budgétaire ne puisse devenir un moyen de pression politique.

2. Construire des ponts entre le public et le privé

Des coopérations pourront associer France Télévisions, Radio France, Arte, l’INA, les chaînes et radios privées, les producteurs indépendants et les plateformes françaises pour des documentaires, programmes éducatifs, créations destinées à l’exportation, retransmissions culturelles ou sportives, projets locaux, formations, archives et outils numériques. Chaque partenaire conservera son indépendance éditoriale.

Lorsqu’un projet reçoit de l’argent public, le contrat devra répartir à l’avance les dépenses, les risques, les recettes, les droits de diffusion et la propriété intellectuelle. La collectivité ne devra plus financer seule une production dont les profits seraient ensuite entièrement privatisés. Cette coopération doit faire naître une véritable équipe de France de l’audiovisuel, capable de former nos talents et de faire rayonner nos créations.

3. Distinguer juridiquement la chaîne d’information de la chaîne d’opinion

La qualification de « chaîne d’information » sera réservée aux médias qui acceptent des obligations renforcées de vérification, de recoupement, de pluralisme, de rectification et de séparation visible entre fait, témoignage, analyse et opinion. Une chaîne d’information pourra organiser des débats et diffuser des éditoriaux, mais devra toujours les présenter comme tels.

Une « chaîne d’opinion » pourra défendre ouvertement une orientation politique, économique, culturelle, philosophique ou religieuse et inviter les chroniqueurs de son choix. Son statut devra être affiché clairement à l’écran et sur les plateformes. Elle conservera sa liberté d’expression, mais ne pourra ni se présenter comme une chaîne d’information ni transformer une rumeur ou une conviction en fait démontré.

UNE CHAÎNE D’INFORMATION PEUT EXPRIMER DES OPINIONS, MAIS ELLE DOIT LES IDENTIFIER. UNE CHAÎNE D’OPINION PEUT DÉFENDRE UNE LIGNE, MAIS ELLE NE PEUT PAS INVENTER SES PROPRES FAITS.

4. Garantir la compétence et l’honnêteté des intervenants

Sur une chaîne d’information, toute personne présentée comme spécialiste ou experte devra pouvoir justifier d’une compétence directement liée au sujet : diplôme pertinent, travaux reconnus, expérience professionnelle ou connaissance du terrain. L’expérience vaudra autant que le diplôme, mais la qualité réelle devra être annoncée : chercheur, professionnel, journaliste, témoin, militant, responsable politique, communicant ou éditorialiste. Les conflits d’intérêts liés au débat devront être signalés.

Un agriculteur, une infirmière, un artisan ou un habitant directement confronté à une situation pourra naturellement être invité comme professionnel ou témoin de terrain. Il ne pourra simplement pas être présenté comme médecin, scientifique ou expert indépendant s’il n’en possède pas la qualité. L’autorité de contrôle ne choisira pas les invités ; elle vérifiera que le public n’est pas trompé sur leur compétence ou leur indépendance.

Cette distinction suit une logique comparable à celle de la santé. Chacun demeure libre, dans les limites de la loi, de consulter un praticien alternatif, mais celui-ci ne peut se présenter comme médecin sans en posséder les qualifications. De même, chacun doit pouvoir créer une chaîne d’opinion, sans pouvoir revendiquer la reconnaissance d’une chaîne d’information s’il n’en respecte ni les méthodes ni les responsabilités.

5. Imposer la rectification des fausses informations

Toute information grave qui n’a pas encore été confirmée devra être annoncée comme incertaine, notamment lorsqu’elle concerne la santé, la sécurité, les élections, les violences, les catastrophes, les conflits ou une accusation visant une personne. Une chaîne ne pourra pas présenter une rumeur comme une certitude dans le seul but d’obtenir de l’audience.

Lorsqu’une information factuelle fausse ou insuffisamment vérifiée aura été présentée comme certaine, le média devra interrompre sa rediffusion, effectuer les vérifications nécessaires et publier rapidement une rectification avec une visibilité comparable à celle de l’annonce initiale. L’erreur de bonne foi immédiatement corrigée sera distinguée de la négligence, de la manipulation volontaire et de la récidive.

Le refus de rectifier une fausse information démontrée, l’absence manifeste de vérification ou la répétition d’une affirmation déjà démentie entraîneront une sanction financière proportionnelle à l’audience, au préjudice, au chiffre d’affaires et à la récidive. En cas de risque grave, direct et prévisible pour la sécurité des personnes ou l’ordre public, une procédure d’urgence permettra d’imposer un avertissement ou un correctif. Toute mesure de suspension restera soumise au contrôle rapide d’un juge indépendant.

6. Rendre visibles les intérêts qui influencent les médias

L’identité des propriétaires, des bénéficiaires réels et des principaux financeurs de chaque média devra être facilement accessible. Les liens économiques, politiques ou étrangers susceptibles d’influencer un programme seront signalés. Les règles contre la concentration excessive seront renforcées et les rédactions devront être protégées contre les pressions des actionnaires, des annonceurs comme du pouvoir politique.

7. Protéger la liberté d’expression par des garanties indépendantes

Les opinions, la satire, l’humour, la recherche, les débats et la critique du Gouvernement resteront pleinement protégés. Une sanction ne pourra jamais reposer sur une opinion dérangeante ou minoritaire, mais seulement sur un manquement objectivable : fausse information factuelle, refus de rectification, présentation trompeuse d’un intervenant, conflit d’intérêts dissimulé, appel à la violence ou atteinte prévue par la loi.

Les décisions devront être prises par une autorité indépendante de l’exécutif et des grands groupes économiques, au terme d’une procédure contradictoire et avec possibilité de recours devant le juge. Sa gouvernance devra associer compétences juridiques, professionnelles, scientifiques et citoyennes.

L’objectif

L’audiovisuel français doit permettre aux citoyens de comprendre leurs désaccords, et non vivre économiquement de leur division. La liberté d’informer doit demeurer entière, mais elle implique une responsabilité : permettre à chacun de savoir qui parle, à quel titre, sur quelles preuves et avec quels intérêts. Le public et le privé doivent coopérer pour informer, créer, former et faire rayonner la France, tout en rendant des comptes à la hauteur de leur influence.

INFORMER LIBREMENT, IDENTIFIER CLAIREMENT, RECTIFIER OBLIGATOIREMENT ET RASSEMBLER SANS DISSIMULER LES DÉSACCORDS.

Repères de mise en œuvre et chiffrage

La réforme sera engagée à enveloppe publique initialement constante. Les concours publics à l’audiovisuel public représentaient environ 3,95 milliards d’euros dans le projet de loi de finances pour 2025. Les économies éventuelles de mutualisation ne seront inscrites qu’après un audit des fonctions administratives et techniques ; les amendes ne seront jamais considérées comme une recette destinée à financer le dispositif. Les retombées culturelles, industrielles, francophones et d’exportation seront évaluées séparément afin d’éviter les doubles comptes.

Sources principales

Loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, notamment les missions et les pouvoirs de sanction de l’Arcom (legifrance.gouv.fr) ; Arcom, honnêteté, indépendance et pluralisme de l’information (arcom.fr) ; Sénat, projet de loi de finances pour 2025, avances à l’audiovisuel public (senat.fr) ; Cour des comptes, rapports sur France Télévisions et l’audiovisuel public (ccomptes.fr) ; INA, archives et formation professionnelle (ina.fr) ; Organisation internationale de la Francophonie, rapports culturels, économiques et démographiques (francophonie.org).

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